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L’appel des médecins pour une vaccination plus rapide – Le Parisien

Il y a urgence ! Faisons de la vaccination anti-Covid une grande cause nationale !

« Existe-t-il en fait un chemin direct, quelque part ? » s’est un jour demandé Kafka. Pas en France en 2021 semble-t-il. Et certainement pas à propos de notre stratégie vaccinale.

Alors qu’à l’heure où nous écrivons ces lignes, le Royaume-Uni est en passe d’atteindre le million de vaccinés, que 265 000 personnes ont déjà été vaccinées en Allemagne et 128 000 en Italie, la France, après une campagne débutée à la même date que ses partenaires de l’UE, affiche seulement quelques centaines d’heureux élus.

Ce lent démarrage a été initialement assumé par les autorités françaises, le 29 décembre au JT de France 2, et par le Pr Alain Fischer, le Monsieur vaccin annoncé de cette campagne. Il a connu une première accélération 48 heures plus tard, avec la possibilité donnée aux soignants de 50 ans et plus de se faire vacciner dès le lundi 4 janvier, suivie d’une deuxième, sous la pression de nombreux médecins, le 2 janvier, via l’ouverture de la vaccination aux professionnels de santé libéraux de plus de 50 ans.

La stratégie initiale validée par la Haute Autorité de Santé (HAS) consistait en effet à débuter par les personnes les plus à risque, en Ehpad, afin d’épargner les vies les plus fragiles, avant d’endiguer l’épidémie en vaccinant progressivement le reste de la population.

Mais le système s’est enrayé d’emblée : la procédure de consentement, les multiples consultations nécessaires, les délais et refus ont rapidement montré les limites d’un système inadapté à l’urgence de la situation et aux attentes du grand nombre.

Il n’existe aucune raison scientifique ou médicale de retarder le déploiement à grande échelle de la vaccination. Le vaccin est approuvé en France, après avoir été évalué selon les règles les plus strictes de la recherche clinique et avoir été administré à plus d’un million de personnes. Les risques du vaccin sont minimes et majoritairement liés à la réaction immunitaire (fièvre, maux de tête, douleurs musculaires), alors que les bénéfices prouvés sont immenses : prévention de la maladie Covid-19, y compris des formes graves, avec des données récentes suggérant également une diminution du risque de transmission du virus. Ainsi, la balance bénéfices/risques du vaccin est extrêmement favorable à la vaccination : moins de transmission, moins de cas potentiellement sévères, ce qui en fait un vrai moyen d’endiguer la pandémie. En outre, plus de 40 % de la population a déjà déclaré désirer se faire vacciner, et nombreux sont les citoyens qui attendent un réel démarrage de la campagne pour y adhérer.

Pourquoi ne vaccine-t-on pas simplement ? Comme les Israéliens, les Anglais ou les Allemands ?

Plutôt qu’une campagne vouée à l’échec, nous demandons :

Que la vaccination contre le Covid-19 soit décrétée Grande Cause Nationale.

– Que la logistique de l’opération soit confiée à une « Task force vaccinale », qui dispose des pouvoirs les plus étendus possibles et qui rende compte de son action de façon transparente quotidiennement.

– Que soit garanti un accès à la vaccination généralisée à tous les soignants volontaires et à toutes les personnes de plus de 65 ans, puis rapidement à l’ensemble de la population sur l’ensemble du territoire français, au sein de centres de vaccinations associant des professionnels ayant l’habitude de vacciner (infirmiers, pharmaciens, médecins remplaçants, installés ou retraités volontaires).

– Que de nouvelles commandes de vaccins disponibles soient effectuées de façon massive, “quoiqu’il en coûte” pour reprendre les mots du Président et sans attendre d’hypothétiques vaccins en développement, ce qui en l’état actuel des choses, serait criminel.

– Que des usines françaises et européennes puissent bénéficier en urgence d’un licensing Pfizer-BioNTech ou Moderna, afin de produire rapidement les doses nécessaires et faciliter la logistique de distribution.

– Que soient allégés les protocoles de dispensation, en traitant ce vaccin comme tout médicament ou vaccin ayant été homologué et disposant d’une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM)

– Que soit organisée l’utilisation des éventuels surplus de fin de journée afin de minimiser les pertes de vaccin (comme fait en Israël)

– Que soit garantie une totale transparence, avec publication d’un tableau de bord vaccinal, incluant les doses en stock et administrées, et la couverture nationale, régionale, départementale et locale.

– Que soit garanti un respect complet des protocoles vaccinaux validés par les études actuelles de phase III, notamment les deux doses d’un produit identiques, en anticipant les stocks nécessaires, sauf évolution des connaissances scientifiques, contexte très particulier ou urgence extrême.

– Que soit lancée en urgence une nouvelle campagne de communication sur les risques de la transmission du virus, notamment aérosol, ainsi que sur les bienfaits avérés de la vaccination, dans l’attente d’une couverture vaccinale suffisante.

La vaccination doit se concevoir aujourd’hui comme une course contre la montre, afin que la couverture vaccinale s’étende plus vite que l’inexorable nouvelle progression des cas de Covid-19.

Et même si ce vaccin, qui n’est certes pas obligatoire, suscite l’inquiétude de certains de nos concitoyens, la puissance publique a le devoir de répondre rapidement aux attentes des millions de Français qui attendent avec impatience d’être vaccinés.

Il faut donc agir, et agir vite.

Liste des signataires : Pr Fréderic Adnet, professeur de médecine d’urgence, SAMU 93 et urgences, hôpital Avicenne, Bobigny ; Pr Thierry Baubet, professeur de psychiatrie, chef de service psychiatrie addictologie, hôpital Avicenne, Bobigny ; Eric Billy, chercheur en immuno-oncologie, Strasbourg ; Dr Jean-Baptiste Blanc, médecin généraliste, Paris ; Dr Matthieu Calafiore, médecin généraliste, maître de conférences, directeur du département de médecine générale de la faculté de Lille ; Dr Franck Clarot, médecin légiste, radiologue, vice-président de la Fédération nationale des médecins radiologues (76), Rouen ; Collectif Du Côté de la Science (@Cote_Science) ; Dre Corinne Depagne, médecin pneumologue, Lyon ; Dr Dominique Dupagne, médecin généraliste, blogueur ; Dr Jonathan Favre, médecin généraliste, cofondateur du collectif Stop-Postillons, Villeneuve-d’Ascq ; Dr Laurent Fignon, praticien hospitalier, gériatre, Cannes ; Dr Jean-Daniel Flaysakier, médecin, journaliste ; Pr Germain Forestier, professeur des universités en Informatique ; Pr Stéphane Gaudry, professeur de médecine intensive réanimation, GHU 93 ; Pr Guillaume Gorincour, radiologue, vice-président du Conseil départemental de l’Ordre national des médecins (13) ; Aurélie Jean, docteure en sciences et entrepreneure ; Dr Stéphane Korsia-Meffre, vétérinaire, rédacteur médical ; Pr Karine Lacombe, infectiologue, cheffe de service des maladies infectieuses et tropicales, Sorbonne Université, hôpital Saint-Antoine Paris APHP ; Dr Yvon Le Flohic, médecin généraliste ; Dr Christian Lehmann, médecin généraliste, écrivain ; Dr Jérome Marty, médecin généraliste, président de l’Union française pour une médecine libre (UFMLS) ; Philippe Moreau Chevrolet, professeur à Sciences Po Paris ; Dr François Xavier Moronval, médecin urgentiste ; Dr Jimmy Mohamed, médecin généraliste ; Dr Nathan Peiffer-Smadja, infectiologue, coordinateur du Réseau des Jeunes Infectiologues ; Dr Bruno Rocher, psychiatre addictologue, médecin responsable de l’espace Barbara, CHU Nantes ; Dr Michaël Rochoy, médecin généraliste, cofondateur du collectif Stop-Postillons, Outreau ; Dr Hélène Rossinot, médecin spécialiste de santé publique, Nancy ; Barbara Serrano, consultante indépendante et maîtresse de conférences associée à l’Université de Versailles Saint-Quentin ; Dr Florian Zores, cardiologue libéral ; Pr Mahmoud Zureik, professeur d’épidémiologie et de santé publique à l’Université de Versailles Saint-Quentin.

Source: L’appel des médecins pour une vaccination plus rapide – Le Parisien

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