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Le collectif « Du Côté de la Science » demande au gouvernement de ne pas abandonner les écoles et de protéger les enfants, les familles et les personnels de l’éducation.

Cet été nous avons alerté sur la progression de l’épidémie que nous jugions inquiétante au regard de ce que nous observions en-dehors de nos frontières, notamment outre-Atlantique. Nos vacances estivales ont provoqué un important brassage de populations qui a eu pour effet de diffuser fortement le virus sur l’ensemble de notre territoire avant de provoquer une explosion du nombre de nouveaux cas. Nous demandions alors de fortes mesures de prévention – recours massif au télétravail et au télé-enseignement, protocole très strict pour l’École – et ne sommes hélas pas surpris d’assister à une 2nde vague qui sera sans doute plus forte que la première et qui fait de la France l’un des pays d’Europe occidentale où le coronavirus est le plus actif

Dans quelques jours ou semaines, un phénomène de saturation touchera tous les hôpitaux du territoire français et les capacités de soin en milieu hospitalier devront sans doute être rationnées et déployées vers les patients qui auront le plus de chances d’être sauvés, délaissant les plus fragiles ou les plus atteints. Le manque de ressources concernera inévitablement aussi tous les autres patients nécessitant de soins d’urgence (AVC, accidents cardiaques, accidents de la route…) ou retardera le diagnostic et le traitement de maladies graves. Nous allons tout droit vers un désastre que seules des mesures radicales pourraient limiter voire empêcher.

Nous demandons donc au gouvernement d’instaurer au plus tôt des mesures massives et très strictes dont le but serait de couper la chaîne de transmissions en agissant à la fois sur les contaminations privées, mais aussi et surtout sur les principaux lieux de formation de clusters que sont les milieux du travail et les lieux d’enseignement. C’est pourquoi, concernant les écoles, nous espérons une prolongation des vacances de deux semaines ou l’activation du plan de continuité pédagogique prévu par le ministère de l’Éducation nationale, afin de préparer au plus vite un retour en classe plus sécurisé.

Le gouvernement hésite actuellement au sujet de la fermeture des écoles. Nous tirons immédiatement la sonnette d’alarme : adopter des mesures fortes en rouvrant les écoles dans moins d’une semaine reviendrait à transformer la France en château fort tout en laissant le pont-levis baissé.

Les écoles ne sont en effet pas magiquement protégées du virus ou de la maladie. Les personnes qui y travaillent ou les enfants qui s’y retrouvent s’exposent comme les autres au risque de transmission. Ce n’est pas parce que les enfants font très peu de formes sévères ou de formes chroniques, qu’ils n’en font pas, ou qu’ils ne sont pas des vecteurs du COVID : 40% d’entre eux, lorsqu’ils sont détectés positifs, sont asymptomatiques. La littérature spécialisée internationale nous prouve aujourd’hui qu’ils la propagent et sont, eux aussi, contagieux.

En cette période de très forte circulation du virus, le retour des enfants de 0-10 ans dans les crèches et écoles doit impérativement s’articuler autour d’un axe « protection et réduction du risque » :

  • port du masque dès 6 ans pour limiter la propagation du virus par voie respiratoire, à l’instar de l’Espagne, de l’Italie, du Portugal, de la Grèce, de nombreux Länder allemands… 
  • Installation d’un détecteur de CO2 dans chaque classe pour permettre aux enseignants d’évaluer la qualité de l’air et d’aérer dès que nécessaire (sinon au moins 5 minutes toutes les 20 minutes, à l’instar du protocole allemand).
  • Modernisation des installations de traitement de l’air ou mise en place de purificateurs dans les salles de classe, en particulier celles ne pouvant pas être facilement ventilées, à l’instar de l’Allemagne qui investit actuellement 500 millions d’euros pour moderniser les installations de conditionnement de l’air dans ses bâtiments publics, dont les écoles.
  • Arrêt de la restauration en commun et organisation sécurisée de la distribution des repas pris en classes ou en salles séparées.
  • Limitation des contacts entre les classes comme déjà réalisé lors du protocole de sortie de confinement au printemps.
  • Instauration d’une distanciation dans les classes – via l’alternance de cours à distance et en présentiel, à l’instar de certains de nos voisins européens – ou la réquisition de locaux, tel qu’il est prévu dans les protocoles mis en ligne par le ministère de l’Education  nationale. 
  • Mise en place des test EasyCoV (test salivaire efficace, développé et produit en France) dans tous les établissements afin d’améliorer la gestion des cas contacts, dès le premier cas, au sein de l’école afin de véritablement dépister/tracer/isoler.


Certains de nos voisins européens reconfinent alors que le niveau de circulation du virus est, chez eux, bien inférieur au nôtre. Leurs mesures prises plus précocement leur ont, dans la plupart des cas, permis de ne pas fermer les écoles. Nous demandons enfin au gouvernement d’expliquer les raisons de ses choix devant tous les Français. Nous comprenons que les connaissances scientifiques sont en évolution permanente dans ce domaine et que le gouvernement doit décider en gérant les incertitudes scientifiques.

Nous lui demandons de définir dès maintenant, sur des arguments scientifiques actuellement prouvés par des chercheurs et médecins rigoureux, s’appuyant sur les données les plus solides, une trajectoire cohérente, à court, moyen et long termes, vers des objectifs clairs et concrets : protection de la population, soin des malades, prévention de l’extension de l’épidémie. Seule cette démarche pourra rendre l’ensemble de la population acteur de la lutte contre la diffusion du virus. Nous espérons ainsi vivre une fin d’année autrement que tous confinés.